Eutrope aurait évangélisé la Saintonge au cours du 1er siècle de notre ère et serait mort martyrisé à Saintes. Très tôt, un culte se développe autour de son tombeau. Une église édifiée à l'emplacement de sa sépulture est attestée au 6e siècle.
C'est ce sanctuaire que les moines de l'abbaye de Cluny reçoivent en donation en 1081. Voulant remettre à l'honneur le pèlerinage autour du tombeau de saint Eutrope, les religieux clunisiens établissent un prieuré et entreprennent la construction d'une nouvelle église. Les travaux, commencés peu après la donation, s'achèvent au début du 12e siècle.

L'édifice comprend une longue nef, un transept à absidioles orientées, un profond chœur. Celui-ci, réservé aux moines du prieuré, s'élève sur une vaste crypte qui accueille, en 1096, les reliques de saint Eutrope. Les pèlerins peuvent accéder à la crypte en empruntant des escaliers aménagés dans la nef, située à mi-hauteur entre le chœur et la crypte.
Saintes étant traversé par un des chemins menant à Saint-Jacques-de-Compostelle, le sanctuaire devient une étape pour les pèlerins de Saint-Jacques.

L'édifice connaît au 15e siècle un important remaniement : l'abside et le déambulatoire du chœur roman disparaissent lors de l'aménagement d'une grande chapelle gothique ; un haut clocher est édifié sur le bras nord du transept.
Mais la principale mutilation subie par l'église date de 1803, quand la nef est détruite. De la grande église Saint-Eutrope ne subsistent plus que les parties orientales : la crypte, le chœur et le transept.

Ces parties conservées sont remarquables par leurs dimensions et par la qualité de l'architecture et de la sculpture.
La vaste crypte romane, dont le plan n'a pas été altéré, comprend trois vaisseaux couverts de voûtes d'arêtes, un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes. Les voûtes sont portées par de courts et puissants piliers à chapiteaux sculptés. Ceux-ci sont ornés de compositions végétales, à l'exception d'un chapiteau, décoré de têtes humaines. Les artistes romans sculptent des palmettes, des acanthes, des rinceaux... Les schémas de composition, variés, sont souvent marqués par la symétrie. Les feuillages recouvrent fréquemment les angles et envahissent la totalité de la corbeille. Ils sont parfois disposés sur deux registres superposés.
Ces motifs sont issus du répertoire décoratif des monuments antiques, source d'inspiration des sculpteurs des cinquante-trois chapiteaux de la crypte .

L'ancien chœur des moines, qui accueille l'église actuelle, s'élève sur la crypte. Il témoigne de deux périodes de construction. À l'époque romane, le vaste chœur comprend trois vaisseaux de quatre travées droites prolongés par une abside entourée d'un déambulatoire qui ouvre sur trois chapelles. Au 15e siècle, l'abside et le déambulatoire sont remplacés par une vaste chapelle gothique. Dans la partie romane, le décor de feuillages inspirés de l'Antiquité est également très présent, comme dans la crypte. Cependant, trois chapiteaux se distinguent dans cette série végétale ; respectivement ornés de sirènes, de lions et de griffons affrontés, ils présentent des parentés stylistiques avec la sculpture du Poitou.

La sculpture est également présente dans le transept, dernière partie conservée de l'église romane. Les bras du transept ont été remaniés au 15e et au 19e siècles, mais la croisée conserve quatre remarquables chapiteaux romans. D'une toute autre facture que ceux du chœur ou de la crypte, ils sont ornés d'hommes, d'animaux et de végétaux étroitement et souplement entremêlés ou superposés. Deux chapiteaux illustrent deux scènes bibliques : le Pèsement des âmes et Daniel dans la fosse aux lions.
Ce décor foisonnant est emprunté aux enluminures des manuscrits, autre source d'inspiration des sculpteurs romans.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, G. Beauvarlet (1,7,8) 2010, R. Jean (5,6) 2012, C. Rome (2,3,4) 2012.