Le château de Broue apparaît dans les textes vers 1040-1047, quand la Saintonge est détenue par les comtes d'Anjou. Le comte de Poitou (et duc d'Aquitaine) Gui Geoffroy Guillaume (1058 -1086) reprend possession de la Saintonge en 1062. En 1078, au retour d'une expédition dans les îles d'Aix et d'Oléron, il séjourne au château de Broue. Au siècle suivant et jusqu'à la fin du 13e siècle, la terre de Broue est détenue par la famille de Doué au nom du comte du Poitou.
En 1372, pendant la guerre de Cent Ans, le château, sous domination anglaise, est victorieusement assiégé par du Guesclin. Quelques années plus tard, il entre en possession des sires de Pons. Au 16e siècle, alors que le bras de mer s'envase, le château ne semble plus entretenu et tombe progressivement en ruine.
Suscitant l'intérêt des archéologues dès le 19e siècle, le donjon est inscrit au titre des monuments historiques en 1925.

Le donjon, dont les parties orientales ont disparu, et la partie sud de son enceinte doublée de fossés sont vraisemblablement les vestiges du château qui a accueilli Gui Geoffroy Guillaume. Présentant des similitudes avec des tours angevines de la 1ère moitié du 11e siècle, il a vraisemblablement été édifié au cours de cette période, quand les comtes d'Anjou règnaient sur la Saintonge.

Construite selon un plan rectangulaire de 15 mètres sur 25 mètres, la tour s'élève sur une motte. Les murs sont épais de 2,75 mètres. Les nombreux trous de boulin, traces des échafaudages, évoquent le chantier de construction.
Les murs ouest et sud (et sans doute les deux autres aujourd'hui disparus) sont rythmés par de petits contreforts plats en pierre de taille. Au premier étage, une ouverture à gauche du deuxième contrefort sud et une brèche située plus au nord correspondent à l'évacuation de deux latrines.

Selon le castellologue Nicolas Faucherre, qui a réalisé en 1995 des fouilles archéologiques sur le site, le donjon comptait trois niveaux. Le rez-de-chaussée s'élevait au moins à 11 mètres et était destiné au stockage. Au premier étage était la grande salle. D'une superficie de 216 m2, elle était vraisemblablement divisée par des tentures en espaces privés et publics. Elle était faiblement éclairée par des baies en plein cintre peu ébrasées. Le mur ouest conserve la trace d'une cheminée à conduit conique caractéristique de l'époque romane et, aménagées dans l'épaisseur du mur, deux latrines reliées par un couloir. Ces éléments « de confort », et notamment la cheminée - seul exemple conservé dans un donjon roman en Poitou-Charentes -, autorisent à penser que la tour avait une fonction résidentielle et non uniquement défensive.
Le troisième niveau présente un retrait d'un mètre environ, qui peut correspondre à un chemin de ronde.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, R. Jean (2,3,5,6) 2011, C. Rome(7) 2011, C.Sarrazin (1,4,8,9) 2014.