Un monastère est attesté sur les rives de la Gartempe dès le 9e siècle ; une importante communauté de moines y vit en respectant la règle de saint Benoît. Deux siècles plus tard, au 11e siècle, l'abbaye est un important centre monastique qui bénéficie du soutien financier de nombreux seigneurs, dont les comtes de Poitou. Une nouvelle église est érigée au cours de ce siècle, vraisemblablement entre 1040 et 1090, et ornée de peintures murales qui font sa célébrité.

Un haut clocher-porche, plaqué contre une façade antérieure, donne accès à la longue nef de l'église, composée de trois vaisseaux. Le vaisseau central est couvert d'une voûte en berceau plein cintre, les collatéraux recevant des voûtes d'arêtes. Ces trois vaisseaux sont sensiblement de même hauteur ; la nef est éclairée par les fenêtres des collatéraux.
Le transept et le chœur succèdent à la nef. Les bras du transept, dotés de chapelles orientées, sont couverts de voûtes en berceau, et la croisée d'une voûte d'arêtes. Le chœur est érigé sur une crypte où étaient déposées les reliques des saints Savin et Cyprien, particulièrement vénérées dans l'abbaye. Il comprend une abside couverte d'une voûte en cul de four, et un déambulatoire, couvert de voûtes d'arêtes, sur lequel sont greffées cinq chapelles.

Pour embellir l'église, les moines ont fait appel aux sculpteurs, qui ont réalisé les chapiteaux ornés de feuillages de l'église, et aux peintres. Ces derniers sont intervenus dans tout l'édifice : clocher-porche, nef, chœur et crypte.
La voûte de la nef présente le programme peint le plus développé. Il est consacré aux premiers livres de la Bible, la Genèse et l'Exode, et comprend les scènes illustrant les histoires d'Adam et Ève, de Caïn et Abel, de Noé, d'Abraham, de Joseph, de Moïse...
Dans le clocher-porche sont représentées des scènes de l'Apocalypse et, à l'étage, des moments de la Passion et de la Résurrection du Christ.
Les vies légendaires des saints Savin et Cyprien sont illustrées dans la crypte.

Les peintres ont travaillé avec une palette de couleurs assez limitée : le blanc de chaux, l'ocre jaune, l'ocre rouge, le vert et, très rarement, le bleu. Les personnages ont souvent été représentés en mouvement, dans des poses presque dansantes.
Ce remarquable ensemble de peintures murales a été vraisemblablement exécuté assez rapidement, en trois ou quatre années, il est le fruit du travail d'un seul atelier qui serait intervenu à la fin du 11e siècle.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, G. Beauvarlet (7,10) 2010, R. Jean (1) 2005, A. Mauly (2,3,4,5,8,11,12) 1992, C. Rome (6,9) 2010.