L'histoire de l'abbaye Saint-Jouin commence au 4e siècle, quand un monastère est établi sur la colline d'Ension, près du tombeau de l'ermite Jovinus. Au 11e siècle, l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, nouveau nom de l'antique Ension, abrite une importante communauté de moines bénédictins qui décide de faire construire une nouvelle église. Commencé vers 1060-1080, le chantier est presque achevé vers 1130, année de la consécration de l'autel.

Le nouvel édifice est composé d'une longue nef à vaisseau central et collatéraux sensiblement de même hauteur, d'un transept et d'un chœur à déambulatoire sur lesquels sont greffées trois chapelles. À la croisée du transept s'élève un clocher de plan carré.
L'église Saint-Pierre est remaniée à différentes reprises. Un peu avant 1200, des arcs-boutants sont construits sur le chevet pour le consolider. Au 13e siècle, une partie de la nef et le chœur sont couverts de voûtes d'ogives. À la fin du Moyen Âge, l'église est fortifiée.
Aujourd'hui, l'intérieur de l'église présente une certaine homogénéité qui résulte d'une importante restauration menée à la fin du 19e siècle, au cours de laquelle furent reconstruits les piliers de la nef. Seuls ceux des trois premières travées occidentales sont romans, comme en témoigne le décor sculpté (animaux, monstres, végétaux) ; les suivants datent du 19e siècle.

La façade est un des éléments remarquables de l'église Saint-Jouin. Encadrée par deux faisceaux de contreforts-colonnes, elle est divisée verticalement en trois par des contreforts-colonnes et s'élève sur deux niveaux couronnés par un haut pignon.
La sculpture est très présente sur toute la superficie du frontispice. Elle orne le portail et les chapiteaux des contreforts-colonnes ; elle est distribuée autour des fenêtres du deuxième niveau, où l'on peut admirer une belle Annonciation, les représentations de saint Pierre et de saint Paul, l'allégorie de la luxure, représentée sous les traits d'une femme nue aux seins dévorés par des serpents, deux couples de paysans.
Le pignon porte également un décor sculpté remarquable. Le Christ, assis en majesté devant une croix, est entouré de deux anges. Sous ses pieds, un cortège de pèlerins, composé de paysans et de seigneurs, se dirige vers Marie, au centre de la frise, pour qu'elle intercède en leur faveur auprès du Christ.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, R. Jean (1,3,8,9)2012, C. Rome (2,4,5,6,7) 2010.