L'histoire de l'église Sainte-Radegonde commence à l'époque mérovingienne quand Radegonde, épouse du roi Clotaire, se retire à Poitiers pour vivre dans le monastère qu'elle y fait construire. L'abbaye est édifiée près de la cathédrale Saint-Pierre, à l'est de la ville alors entourée par le rempart gallo-romain. Dépositaire d'une relique de la Vraie Croix, elle est dédiée à Sainte-Croix.

Quelques années plus tard, vers 560, Radegonde fonde hors les murs de la cité, dans le cimetière des religieuses, l'église Sainte-Marie. Elle y est inhumée en 587. Le tombeau attirant de nombreux pèlerins, une communauté de religieux placée sous l'autorité de l'abbesse de Sainte-Croix est chargée d'en assurer la surveillance et le service divin. L'église est désormais dédiée à Sainte-Radegonde.

En 1012, l'abbesse Béliarde fait dégager le tombeau, muré à une époque inconnue. Il est décidé de reconstruire l'église. Celle-ci comprend un clocher-porche, une nef charpentée avec bas-côtés et un chœur avec déambulatoire (couloir demi-circulaire) et chapelles rayonnantes. Ce plan de chœur, nouveau en Poitou au 11e siècle, est adopté par d'autres grands édifices de la région : Notre-Dame la Grande et Saint-Hilaire le Grand à Poitiers, Saint-Savin... L'ancienne crypte est conservée mais elle est modifiée afin d'épouser le plan du chœur, auquel elle sert d'assise. Le déambulatoire souterrain permet de circuler autour de la salle qui abrite le tombeau de Radegonde. À la fin du 11e siècle, l'abside du chœur est surélevée et ajourée de baies. À l'ouest, les deux derniers niveaux du clocher-porche sont construits.

Du décor de l'église romane subsistent notamment les chapiteaux du chœur. Plusieurs d'entre eux s'inspirent du décor végétal antique, d'autres portent des scènes figurées, ce qui est novateur. Le Péché originel, où Adam et Ève tiennent chacun un fruit, et plusieurs autres épisodes de la Bible y sont illustrés. Dans le clocher-porche, deux dalles sculptées insérées dans les murs latéraux représentent, au nord, une femme couronnée assise sur un siège (sainte Radegonde ?) et, au sud, le Christ en majesté.

L'église est transformée par des travaux ultérieurs. Au 13e siècle, l'ancienne nef est remplacée par un vaisseau unique à quatre travées. Chacune d'elle est couverte d'une voûte sur croisée d'ogives qui rappelle celles de la cathédrale gothique voisine. La voûte du chœur est peinte. Au 15e siècle, le sol du chœur est rehaussé et un porche de style gothique flamboyant est plaqué contre le clocher-porche roman.

Au 19e siècle, l'église est restaurée. Dans les années 1840, le chœur et la crypte sont réaménagés, les peintures gothiques du chœur sont radicalement reprises par le peintre poitevin Honoré Hivonnait. En 1870, le sol du chœur est rehaussé, la voûte de la crypte allongée et un nouvel escalier d'accès à la crypte est aménagé afin de faciliter la circulation autour du tombeau, le pèlerinage à Radegonde connaissant un regain de ferveur.


Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel : G. Beauvarlet (6) 2009, A. Holtzappfel (8) 2009, R. Jean (9,11) 2010, C. Rome (1,2,3,4,5,7,10) 2009 et 2014.