L'abbaye Saint-Jean-de-Montierneuf est fondée, autour de 1069, par Guy-Geoffroy-Guillaume, comte de Poitou et duc d'Aquitaine. Celui-ci souhaite par cette création que l’église autorise son mariage avec Audéarde de Bourgogne, parente à un degré alors interdit. Son soutien en fait un chantier très riche et un établissement doté de nombreux biens matériels. À sa mort, en 1086, le comte est inhumé dans l'église abbatiale. Confiée à l'ordre de Cluny, l'abbaye devient rapidement le plus important centre clunisien du Poitou. Un nouveau quartier, le bourg Montierneuf, se développe autour d'elle, au nord de la ville fortifiée.

En 1562, le sac des protestants endommage fortement l'église. Fragilisés par ces assauts, le clocher et la nef s’effondrent partiellement en 1643. Suivent alors d'importantes restaurations tout au long du 17e siècle, notamment de la façade, de la nef et du chœur. Au 18e siècle, l'abbaye est abandonnée par les moines, le clocher s’effondre à nouveau et l'église est désaffectée. En 1817, le prêtre Sabourin lance une campagne de restaurations destinée à sauver l'édifice. Malgré ces destructions et reprises, l'édifice est classé monument historique en 1840.

Pour la première fois en Poitou, l'édifice est entièrement construit en pierre de taille, ce qui lui donne une grande qualité architecturale. L'église est par ailleurs remarquable pour la fluidité de la communication entre les différents espaces, grâce à un plan en croix latine particulièrement régulier. Les parties romanes qui subsistent encore aujourd'hui sont le clocher à cône d'écailles de pierre (consolidé au 17e siècle), ainsi que deux des quatre clochetons d'angle, une partie de la nef, le chœur à déambulatoire et les absidioles aux contreforts-colonnes ornés de chapiteaux sculptés. La partie supérieure du chœur est, quant à elle, constituée d'une haute abside polygonale gothique soutenue par des arcs-boutants. La façade romane, trop endommagée par les protestants, a été rasée. La façade actuelle, reconstruite en retrait en 1643-44, est partiellement constituée de réemplois de pierres romanes, dont certaines sculptées.

La sculpture, présente essentiellement sur les chapiteaux et les modillons, a largement souffert des interventions malheureuses du prêtre Sabourin, qui la jugeait disgracieuse. Dans le déambulatoire notamment, elle a été bûchée ou déposée. Les chapiteaux restants témoignent d'un changement de goût à la fin du 11e siècle. Les compositions ne sont plus traitées en série ; elles s'enrichissent et le bestiaire s’élargit avec les plus anciens exemples de lions au corps retourné, d'éléphants affrontés, de sirènes... Comme dans d'autres édifices romans du Poitou, les sujets animaliers sont représentés de façon symétrique sur la corbeille. L'église Saint-Jean-de-Montierneuf est importante autant pour ses innovations en sculpture que pour le soin et la régularité apportés au plan et à l'appareil.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel : G. Beauvarlet, 2012 (1,3,4,5,6,7) ; R. Jean, 2012 (8) ; C. Rome, 2012 (2).