À Civaux, sur les bords de la Vienne, s'élève une des plus anciennes églises du Poitou.

Elle est probablement construite entre le 5e et le 7e siècle, sur les ruines d'un temple gallo-romain. Au cours de cette période, Civaux devient un important centre religieux chrétien comme en témoignent les vestiges d'un baptistère, à côté de l'église, et une importante nécropole.
La première église, dont il subsiste une abside à sept pans, est réaménagée au cours des siècles.

Aux 10e-11e siècles, l'église, qui est le siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers, est profondément remaniée. Un clocher carré est édifié, reposant sur quatre puissants piliers aménagés dans le chœur composé par l'ancienne abside à sept pans ; une nef vraisemblablement couverte d'une charpente est construite.

Dans la première moitié du 12e siècle, la nef est voûtée. L'espace intérieur est alors divisé en trois vaisseaux (une nef centrale et deux collatéraux) par deux rangées de massives colonnes circulaires qui supportent les voûtes romanes (disparues). Les chapiteaux des colonnes sont ornés de monstres ou de végétaux et, pour le pilier nord-est, d'une étonnante scène de mariage. La corniche à modillons sculptés de la façade est probablement exécutée lors de cette campagne de travaux ; le clocher est surélevé. Au cours de cette période, le prieuré Saint-Gervais-et-Saint-Protais devient une dépendance de l'abbaye de Lesterps (en Charente).

Le prieuré ferme à la Révolution et l'église est affectée au seul culte paroissial.
Aux 19e et 20e siècles, l'église bénéficie de plusieurs campagnes de restauration. Dans les années 1860, des voûtes en plâtre sont construites pour couvrir la nef et l'intérieur de l'église est orné de peintures. Une dalle gravée, fixée à l'extérieur, est remontée à l'intérieur du chœur. Portant le chrisme (symbole chrétien composé des deux lettres grecques du mot « christ » X et P) et l'inscription funéraire Aeternalis et Servilla vivatis in Deo (Éternel et Petite Servante, vivez en Dieu), elle illustre la précoce christianisation du site.

Au 20e siècle, les travaux ont permis de restituer l'abside dans son état originel et de consolider la nef romane.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, G. Beauvarlet (2,3,4,5,7,9,10), R. Jean (1,8)