Dès 1025, une forteresse est attestée à Chauvigny ; elle demeure la propriété des évêques de Poitiers jusqu'à la Révolution. Réaménagée au cours du Moyen Âge, elle est abandonnée au 18e siècle, puis vendue comme bien national en 1793. Elle sert alors de carrière de pierres. Au début du 19e siècle, l'angle sud-est du donjon s'effondre. Inscrit sur la première liste des monuments historiques de 1840, le château est cédé à l'État trois ans plus tard, ce qui marque le coup d'arrêt de son démantèlement. Des travaux de consolidation du rocher et du château sont menés dans le dernier tiers du 19e siècle et au 20e siècle, ainsi que des fouilles archéologiques qui ont permis d'éclairer l'histoire du château.

La forteresse comprend aujourd'hui un grand donjon du 12e siècle qui remplace une première tour maçonnée. Les murs en pierre de taille sont consolidés par des contreforts plats. Les parties hautes, et notamment les tourelles qui s'élèvent dans les angles, datent vraisemblablement du 13e siècle. À l'intérieur, les murs gardent la trace de deux niveaux de plancher. Le rez-de-chaussée, éclairé par six fentes de jour, servait certainement de magasin à vivres. Le premier étage est percé de fenêtres en plein cintre (restaurées) ; le second étage est éclairé, à l'est, d'une baie à coussiège (banc en pierre aménagé dans l'embrasure), ce qui permet de supposer que ce niveau avait une fonction résidentielle. Deux cours fortifiées sont également aménagées au 12e siècle : une basse-cour à l'ouest et la « haute cour » au nord. L'entrée de la forteresse est aménagée dans le mur nord de cette haute cour, à quatre mètres au-dessus du fossé. Complétant cet ensemble, un « bastion » est également construit au sud.

Au début du 15e siècle, la forteresse est profondément remaniée par l'évêque de Poitiers Ythier de Martreuil (1395-1405). Un « château neuf » est aménagé dans l'angle nord-ouest. Il comptait quatre niveaux, une tour qui abritait l'escalier en vis, une tour carrée... Les deux premiers étages, pourvus de cheminées et de latrines, accueillaient les appartements de l'évêque ; le dernier étage était occupé par une chapelle dont il reste des vestiges de voûtes d'ogive. De ce bâtiment subsistent aujourd'hui les bases et un spectaculaire pan de mur. Le « château neuf » marque la fin des grands aménagements de la forteresse, progressivement abandonnée en raison de son inadaptation aux nouvelles armes à feu.

Quatre autres châteaux (Harcourt, Gouzon, Flins et Montléon) s'implantent par la suite en ville haute, sièges de fiefs indépendants de l'évêque ; ils sont progressivement achetés par ce dernier qui devient le seul seigneur de Chauvigny.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel : C. Rome, 2010 (2,3,4,5,6,7,8); © Fonds Henrard (1).