L'abbaye Saint-Sauveur de Charroux est fondée à la fin du 8e siècle et placée sous la règle de saint Benoît. Protégée par les souverains carolingiens et richement dotée, elle devient rapidement un important centre monastique. Abritant de nombreuses reliques - dont une de la Vraie Croix -, elle est également un lieu de pèlerinage. En 989, elle accueille le premier concile (réunion d'évêques) consacré à la « paix de Dieu ». En ces temps de guerres féodales, l'Église tente de protéger les personnes (et les biens) de la violence des seigneurs en menaçant ces derniers d'excommunication s'ils ne respectent pas les décisions des conciles.

Au 11e siècle, le monastère semble connaître un grand rayonnement. En 1017, commencent les travaux d'une nouvelle église, ruinée par un incendie en 1048. La construction d'un vaste édifice est entreprise quelques temps après. Le plan choisi, original, associe une église avec nef, transept et chœur, à une rotonde (édifice de plan centré) construite à l'emplacement de la croisée du transept. La rotonde est particulièrement développée. Elle est constituée d'une tour-lanterne octogonale entourée de trois déambulatoires (couloirs) circulaires ; la tour s'élève sur une crypte où sont déposées les reliques. Ce plan devait faciliter les processions autour des reliques. L'église, dont la longueur est estimée à 114 mètres, est précédée d'un clocher-porche. Au milieu du 13e siècle, un monumental portail gothique est édifié.

L'abbaye connaît de graves désordres pendant la guerre de Cent Ans, puis pendant les guerres de Religion, qui provoquent la dispersion des moines et la ruine des bâtiments. Lorsque la vie monastique reprend, l'église, endommagée, est raccourcie et la rotonde est réparée pour accueillir les offices. Bien que réformée au 17e siècle, l'abbaye ferme en 1779.

En 1790, l'ancienne abbaye est vendue comme bien national. Devenue carrière de pierres, elle disparaît progressivement. Cependant, la tour-lanterne de la rotonde romane, des vestiges du cloître et la salle capitulaire (13e/15e siècles) sont sauvés de la destruction, ainsi que des sculptures du porche gothique.

La tour-lanterne, seul élément subsistant de l'église romane, compte quatre niveaux. Les arcades superposées des premier et deuxième niveaux permettaient la communication avec les déambulatoires de la rotonde tournant autour d'elle. Les deux autres étages s'élevaient au-dessus du toit de l'édifice ; le premier niveau extérieur est ajouré de huit baies qui éclairaient l'intérieur de la rotonde.

L'église, une des plus importantes du Poitou au 11e siècle, était vraisemblablement richement décorée. Les chapiteaux des arcades de la tour-lanterne sont les seules traces de cette ornementation. Au premier niveau, ils sont composés de deux pierres superposées ornées de feuillages gras, de rinceaux, de lions qui rappellent le décor de Saint-Savin ou Saint-Hilaire le Grand à Poitiers. Au niveau supérieur, les chapiteaux sont simplement sculptés de volutes dans les angles.

Photographies : © Région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel, R. Jean (1,3,4,6) 2003-2009, A. Maulny (2) 1972, C. Rome(5,7,8,9,10) 2009-2011.