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Autoportrait, vers 1910.Autoportrait, vers 1910.

HÉLÈNE PLESSIS-VIEILLARD
(1892-1987)

Hélène Plessis-Vieillard, en septembre 1986, cliché Mariusz Hermanowicz

Pendant plus de soixante-dix ans, Hélène Plessis-Vieillard a capté la lumière, les lignes et l'atmosphère du monde qui l'entourait.
Ses portraits, ses mises en lumière de la nature et de scènes de la vie locale - qui croisent parfois l'Histoire -, ses vues de monuments sont autant de traces de cette « vie simple » qu'elle voulait rendre visible. En plus de leur valeur artistique, les milliers de clichés réalisés par cette photographe passionnée, témoin d'un monde en pleine mutation, ont ainsi un grand intérêt ethnographique et parfois historique.

En 1986, Hélène Plessis-Vieillard a légué à l'inventaire général (des monuments et des richesses artistiques de la France) plus de mille négatifs, plaques de verre ou films. Parmi les 741 plaques de verre, une centaine concerne la région Poitou-Charentes.
Nous vous invitons à découvrir quelques-unes des photographies de cette collection exceptionnelle...

Portrait d'Hélène Plessis-Vieillard en 1986. Cliché Mariusz Hermanowicz.

Le Café de la Paix à Poitiers, vers 1907.Le Café de la Paix à Poitiers, vers 1907.

Une photographe
...

« Hélène Plessis-Vieillard est née le 1er juillet 1892 au Blanc (Indre) au foyer de Joseph Plessis et Mélanie Vieillard, alors propriétaires de l'hôtel de la Promenade, âgés respectivement de 31 et 29 ans. Dès l'année suivante, la famille - qui comptait en outre un garçon, André, né en 1889 - se transportait à Poitiers, où Joseph Plessis venait d'acquérir sur la place d'Armes le café de la Paix, l'un des établissements les plus vastes et les mieux achalandés de la ville. La Paix, à la belle époque, était un endroit élégant oû l'on venait volontiers bavarder dans la journée et souper après les spectacles, le théâtre municipal se trouvant tout à côté. On pouvait aussi bien y rencontrer des artistes, comme Brunet, parlant peinture, ou le Père de La Croix exposant l'intérêt de ses dernières trouvailles archéologiques, qu'y entendre, tard dans la nuit, une soprano du théâtre de la Monnaie improvisant un récital d'airs de Massenet ou de Puccini. La petite Hélène n'était certes pas toujours présente pour goûter ces délicieux moments, mais il en était question à la table familiale et Mme Plessis, fort sensible à toutes les manifestations de l'art, en profitait pour développer chez sa fille "le goût des belles choses", comme l'on disait alors.  »







Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Portraits d'Hélène Plessis et de sa mère, Mélanie Vieillard.Portraits d'Hélène Plessis et de sa mère, Mélanie Vieillard, vers 1906. Portraits de son père et de son frère : Joseph et André Plessis, en 1919.Portraits de son père et de son frère : Joseph et André Plessis, en 1919.

... témoin de son temps

« Hélène Plessis-Vieillard avait environ quatorze ou quinze ans lorsqu'elle découvrit la photographie chez un voisin, M. BEAU, propriétaire de l'hôtel du Plat d'étain, qui pratiquait en amateur le portrait. La jeune fille était littéralement fascinée lorsqu'elle le voyait manipuler ses plaques et ses cuves, et elle brûlait d'envie d'en faire autant. Un beau samedi, alors qu'elle attendait sa voiture pour retourner chez elle, après être venue, comme chaque semaine, déjeuner chez ses enfants, sa grand-mère paternelle aperçut le dit voisin avec son équipement et se plaignit que parmi ses cinq petits enfants, pas un ne sache faire de la photographie. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, sa petite fille lui révélait son secret et ardent désir de pratiquer cet art, et toutes deux se retrouvaient dans le magasin Raymond, rue Magenta, pour y acheter un Kodak Brownie à 6,50 francs. Celui-ci n'eut guère le temps de servir car, le lendemain, à la sortie de la messe, Joseph Plessis offrait à sa fille un Kodak 6 x 9 à viseur ainsi que tout le matériel nécessaire au développement. Hélène Plessis-Vieillard se souvient de la scène comme si elle datait d'hier : Madame Raymond lui vendit pour 1,50 francs de révélateur, de l'hyposulfite à 10 centimes le litre, du papier au citrate à 12 sous le paquet, du bain, et le tout fut soigneusement rangé dans une boîte à chaussures.  »




Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Autoportrait, vers 1906.Autoportrait, vers 1906. Hélène Plessis aux Grands Ormeaux, à Mignaloux-Beauvoir.Hélène Plessis aux Grands Ormeaux, à Mignaloux-Beauvoir. Hélène Plessis et une amie.Hélène Plessis et une amie. Autoportrait, sur les bords du Clain àPoitiers.Autoportrait, sur les bords du Clain à Poitiers. Autoportrait, dans son jardin.Autoportrait, dans son jardin. Autoportrait en tireuse de cartes, vers 1910.Autoportrait en tireuse de cartes, vers 1910. Autoportrait, au bord de l'eau à Poitiers.Autoportrait, au bord de l'eau à Poitiers. Jeune fille au bain, à Saint-Benoît, en 1931.Jeune fille au bain, à Saint-Benoît, en 1931. Une domestique de la famille Plessis près d'un lavoir à Ligugé, vers 1910.Une domestique de la famille Plessis près d'un lavoir à Ligugé, vers 1910. Sur un banc des Grands Ormeaux, à Mignaloux-BeauvoirMelles Plessis et Métais aux Grands Ormeaux, à; Mignaloux-Beauvoir.

... avec des scènes dela vie locale...

« Que peut bien photographier une jeune fille de quinze à; vingt ans dans les années précédant la guerre de 1914-1918 lorsqu'elle habite Poitiers ? D'abord, suivant les traces de son voisin, elle s'exerce au portrait et fait poser ses parents, son frère, le personnel de la Paix, se risque même – avec beaucoup de bonheur – à; l'auto-portrait. Elle fixe également sur ses plaques son paysage quotidien : la terrasse du café, l'hôtel de ville tel qu'elle le voit des fenêtres de l'appartement familial. Surtout, pendant ses séjours dans les propriétés de ses parents – Les Grands-Ormeaux à; Mignaloux-Beauvoir ou les Brousses à; Lhommaizé –, elle accumule des souvenirs de ces jours heureux oû l'on prenait le temps de vivre. De cette époque nous sont – miraculeusement [...] – parvenues des scènes de repas, de jeux de croquet, de promenades, de chasse, évoquant avec fidélité et intensité ces heures douces passées à; la campagne en compagnie de cousins, d'amis, de voisins, dans la chaude quiétude de l'été, et, en outre, admirablement composés. Car la débutante a du talent. Sans l'avoir appris de personne, elle découvre par elle-même les vertus du premier plan, de la profondeur de champ, de l'instantané. »




Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à; l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Promenade en voiture, dans les années 1920.Promenade en voiture, dans les années 1920. Scène de chasse au chalet Maupertuis, vers 1910.Scène de chasse au chalet Maupertuis, vers 1910. 17Portraits au chalet Maupertuis, vers 1910 Joseph Plessis en visite à Verrières, vers 1910.Joseph Plessis en visite à; Verrières, vers 1910. Portrait de l'artiste Perrault, en 1927.Portrait de l'artiste Perrault, en 1927. Étal de brocanteur, rue Saint-Simplicien, à; Poitiers, après 1930.Étal de brocanteur, rue Saint-Simplicien, à; Poitiers, après 1930. En visite chez des amis, avenue de Bordeaux, à Poitiers, vers 1940.En visite chez des amis, avenue de Bordeaux, à; Poitiers, vers 1940. La Maison Vannier, rue du Marché à;Poitiers.La Maison Vannier (actuellement centre commercial des Cordeliers), rue du Marché à; Poitiers. Verriè de la Maison Vannier, rue du Marché à Poitiers.Verriè de la Maison Vannier, rue du Marché à; Poitiers. Autoportrait dans son appartement de la Paix, à; Poitiers.Autoportrait dans l'appartement de la Paix, à; Poitiers.

... qui croisent parfois l'histoire...

« Parfois pour rendre service, bien souvent pour sa seule satisfaction, elle réalisa nombre de petits reportages sur la vie locale qui nous valent de précieuses séries de clichés sur le transfert de la chapelle du collège de la Grand'Maison à; La Chauvinerie, le quartier de la gare après les bombardements de juin 1944, la visite du général de Gaulle, les fêtes en l'honneur du père Grignion de Montfort ou de sainte Radegonde, le mariage de quelque intime. »




Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à; l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Fête de la Victoire de 1918, Place d'armes à;Poitiers (café de la Paix), en 1919.Fête de la Victoire de 1918, Place d'armes à; Poitiers (café de la Paix), en 1919. Le quartier de la gare à; Poitiers,  après les bombardements, juin 1944.Le quartier de la gare à; Poitiers, après les bombardements, juin 1944. La Fête-Dieu, place de la Cathédrale à; Poitiers, vers 1950.La Fête-Dieu, place de la Cathédrale à; Poitiers, vers 1950.

... des monumentsà; Poitiers et dans la région.

« Au début des années 20, les affaires paternelles périclitant, il lui fallut envisager l'exercice d'une profession. Pour elle, point de dilemme : elle serait photographe, n'en déplaise à; sa mère. Des amis lui suggérèrent d'entrer en contact avec Mme Desointre, la fille du photographe Jules Robuchon, qui gérait alors les fonds de clichés de son père et pratiquait elle-même la prise de vues. Non seulement celle-ci lui prodigua des conseils – lui faisant par exemple acquérir le Compur-Berthiot 10 x 15 qui, avec un Lacour-Berthiot 13 x 18, lui servira tout le reste de sa carrière – mais elle l'invita à; la seconder dans son travail. Ainsi Hélène Plessis-Vieillard fera-t-elle ses premiers pas dans le métier au moment même où son père devait se résoudre à; vendre la Paix (1921), peu de temps avant de décéder (1924).

Tantôt en compagnie de Mme Desointre, tantôt seule, elle passa des journées entières à; capter avec application les formes et l'atmosphère des édifices religieux ou civils de Poitiers, et ce, avec un talent qui ne tarda pas à; attirer l'attention des érudits locaux, celle dÉmile Ginot, conservateur de la bibliothèque municipale, tout comme celle de Jean Tourneur-Aumont, professeur à; la faculté des lettres. Mme Desointre cessant son activité, son auxiliaire, devenue entre temps son amie, hérita en quelque sorte de sa clientèle. Bientôt arrivèrent des commandes de ce qui s'appelait encore l'administration des beaux-arts : Hélène Plessis-Vieillard exécuta alors de superbes vues tant de la salle des pas perdus du palais des ducs à; la demande de Jules Négrier, architecte des monuments historiques, que du sanctuaire de Sanxay, à; l'invitation de Jules Formigé, architecte en chef des monuments historiques. Par ailleurs, elle se verra confier après la guerre par M. Marc Sandoz et ses successeurs maintes séries de prises de vues dans les collections du musée municipal. »




Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à; l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Vue générale de Poitiers, depuis les rochers de Coligny à l'est.Vue générale de Poitiers, depuis les rochers de Coligny à; l'est. La cathédrale Saint-Pierre à; à Poitiers.La cathédrale Saint-Pierre à; Poitiers. L'église Sainte-Radegonde à Poitiers.L'église Sainte-Radegonde à; Poitiers.

« Je ne me serais pas contentée du visible, je voulais aussi retenir l'intérieur des choses. »

L'église Notre-Dame-la-Grande à Poitiers.L'église Notre-Dame-la-Grande à; Poitiers. Le chœur de l'église Sainte-Radegonde à Poitiers.Le chœur de l'église Sainte-Radegonde à; Poitiers. L'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, vers 1950.L'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, vers 1950. L'hôtel de ville de Poitiers.L'hôtel de ville de Poitiers, vers 1910 ?. L'hôtel de ville de Poitiers.L'hôtel de ville de Poitiers. L'abbaye de Nouaillé-Maupertuis, vers 1936.L'abbaye de Nouaillé-Maupertuis, vers 1936. L'amphithéâtre de Sanxay.L'amphithéâtre de Sanxay. Autoportrait d'Hélène Plessis.Autoportrait d'Hélène Plessis.

Une collection exceptionnelle

Deux plaques de verres d'Hélène Plessis-Vieillard

« Avec l'âge, l'activité de l'artiste se ralentit quelque peu, certes ; mais il fallut un stupide accident, en 1978, pour qu'elle cessât vraiment. De retour chez elle après quatre mois d'hôpital, Hélène Plessis-Vieillard s'habitua à; vivre seule, au milieu des souvenirs qu'elle ne pouvait plus guère partager avec grand nombre. Le moment vint même où elle songea à; se débarrasser de toutes les plaques qui encombraient son appartement : elle s'arma un jour d'un marteau pour en commencer la destruction, mais ne put, Dieu merci, mettre son projet à; exécution. Le hasard lui fit rencontrer un jeune photographe, Éric Dessert, avec qui elle prit plaisir à; reparler métier. Lui la convainquit peu à; peu de l'intérêt de tous ces clichés qu'elle avait amassés pendant plus de soixante-dix ans et de la nécessité de les déposer en un lieu ù ils seraient conservés. C'est à; cet heureux concours de circonstances que nous devons d'avoir recueilli à; la Conservation régionale de l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France plus d'un millier de négatifs, plaques ou films, qui sont venus rejoindre dans nos collections les fonds Joseph Salvini et François Eygun. »




Extrait de la préface d'Yves-Jean Riou à; l'ouvrage « Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, CPPPC, 1986 ».

Autoportrait d'Hélène Plessis.Autoportrait d'Hélène Plessis.

Hommages

Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, publication 1986

Une exposition à; la Direction des affaires culturelles de Poitou-Charentes et un livre Hélène Plessis-Vieillard, photographies 1906-1960, ont rendu hommage à son œuvre.
Au cours de l'inauguration de l'exposition, le 10 octobre 1986, elle a reçu la distinction de chevalier des Arts et des Lettres.

L'ouvrage : Hélène Plessis-Vieillard : photographies, 1906-1960
Édition et diffusion C.P.P.P.C. (Connaissance et Promotion du Patrimoine en Poitou-Charentes - Tél. : 05 49 58 19 79 - Courriel : cpppc@wanadoo.fr), 1986. 15,25 . 64 pages, 28 illustrations.
Ouvrage réalisé par le Service régional de l'inventaire de Poitou-Charentes. Auteur : Yves-Jean Riou.

Hélène Plessis-Vieillard s'est éteinte le 24 décembre 1987. Elle est enterrée au cimetière de la Pierre-Levée à; Poitiers.

Réégion Poitou-CharentesLa Région Poitou-Charentes L'inventaire du patrimoine culturel de Poitou-Charentes.L'inventaire du patrimoine culturel de Poitou-Charentes.